Chronique d’un lieu noble :
de la seigneurie médiévale aux familles d’aujourd’hui
Prologue – Vavril, une hauteur qui veille
Sur les collines qui dominent Beaujeu, Vavril se tient tel un belvédère et un lieu de mémoire. Avant d’être un domaine, le lieu était un fief seigneurial.
Et son histoire épouse celle du Beaujolais et, par le biais des alliances et des successions, les grandes lignées de la Couronne de France : les Beaujeu, les Bourbons, les Montpensier et les Orléans.
Xe–XIIIe siècles – Sous la bannière des sires de Beaujeu
Autour de l’an mil, Vaureille (l’un des anciens noms de Vavril) apparaît comme un fief relevant des sires de Beaujeu. Dans un monde où la défense des villes s’inscrit en autre par les hauteurs, cette position compte : elle surveille les accès, protège les environs, et s’inscrit dans l’orbite du château de Beaujeu.
Les Beaujeu ne sont pas des seigneurs ordinaires. Ils fondent des villes, leur accordent des franchises, sont des donateurs d’exception, bâtissent des églises, des châteaux…, guerroient et se rapprochent peu à peu de la monarchie capétienne. Au XIIe siècle, l’un de leurs mariages en est le témoin : Guichard III épouse Lucianne de Montlhéry de Rochefort, jadis fiancée à Louis le Gros ; un signe tangible de cette proximité établi avec l’entourage royal. Au XIIIe siècle, Guichard IV épouse Sibylle de Hainaut, belle-sœur de Philippe Auguste ; cette autre alliance relie directement les Beaujeu au cercle de la monarchie.
Dans ce jeu d’alliances, ce n’est pas seulement une famille qui s’élève, c’est tout un territoire qui s’inscrit sur l’échiquier politique du royaume. Et pendant que les Beaujeu participent aux expéditions et aux croisades de leur temps, Vaureille/Vavril demeure dans leur orbite : un fief discret, où domine une famille fidèle à la maison de Beaujeu : les Vaureille.
XIe–XVe siècles – Le nom du lieu et les signes de privilège
Des seigneurs « de Vaureille / de Vareille » apparaissent dans les actes anciens. Cette famille prend le nom du lieu, comme il arrive souvent lorsqu’un fief façonne une lignée. À l’aube du XVe siècle, un « Mre Vareille » est mentionné parmi les gens de finances et de comptes auprès du baron de Beaujeu : une présence dans l’ombre des administrations seigneuriales.
Dans le paysage du domaine, un marqueur parle encore : le colombier. Sous l’Ancien Régime, il est un privilège seigneurial ; sa persistance rappelle qu’ici, longtemps, la terre fut associée à un rang.
XVe–XVIIe siècles – Bourbon, Montpensier, Orléans : quand le Beaujolais touche la Couronne
En 1400, le Beaujolais passe aux ducs de Bourbon. La scène s’élargit : la politique du royaume, les rivalités, les fidélités et les disgrâces viennent s’inscrire sur la carte. Un épisode résume ce basculement : Pierre de Bourbon, favori de Louis XI, épouse Anne de France, fille du roi. Anne devient « dame de Beaujeu » et, à la mort de Louis XI, elle assure, avec son époux, la régence du royaume (1483–1491). Dans ces années, le Beaujolais n’est plus seulement une province : il est l’un des ancrages d’un pouvoir royal qui gouverne la France.
Puis vient le temps des confiscations et des restitutions : après la chute du connétable de Bourbon, ses biens sont réunis à la Couronne (1531–1560) avant d’être rendus au duc de Montpensier. Cet héritage mène à Marie de Bourbon, qui épouse Gaston, frère de Louis XIII. De cette union naît la Grande Mademoiselle, Anne-Marie-Louise d’Orléans, qui transmet à son tour le domaine aux Orléans, branche princière appelée à jouer un rôle décisif dans l’histoire de France.
XVe–XVIIe siècles – Les seigneurs de Vaureille : alliances et offices au plus près d’Anne de France
Au sein du fief de Vaureille, les alliances dessinent une autre carte, plus intime. Au tournant des XVe–XVIe siècles, la famille de Vaureille s’allie aux Carrige. Cette famille noble prend alors le titre de seigneurs de Vaureille et portent une trajectoire typique de la noblesse de service : marchands d’excellence, échevins, officiers, notaires royaux, conseillers. Leur monde est celui des charges et des offices qui relient une terre à l’État.
Vient ensuite une alliance qui rapproche directement le domaine d’une figure royale : Philibert Carrige épouse Jeanne de Charreton de la Terrière. Cette famille de Charreton est proche du pouvoir, notamment Claude, le grand-père de Jeanne, qui est fait chancelier d’Anne de France.
Le fil est clair : par les offices, la maison qui tient Vaureille/Vavril se trouve liée au cercle d’Anne, fille de Louis XI, régente du royaume. À proximité, les Barjot, seigneurs du fief voisin de Malleval, apparaissent aussi dans ce tissu d’obligations et de fidélités autour des Beaujeu et des Bourbons.
Qu’il s’agisse de services, d’alliances ou d’un réseau de clientèles, le domaine de Vaureille/Vavril s’inscrit au sein de familles et d’administrations qui gravitent autour de Beaujeu, des Bourbons et de leur cour.
Sur le site lui-même, la tour féodale, de guet, des débuts, était associée à des bâtiments agricoles, dont l’un d’eux présente encore des pans de bois avec des croix de saint André, datés des XVe – XVIIe s., témoins du niveau de vie sociale de ces seigneurs et d’un complexe de vie en ce lieu.
Une description du domaine, en date de 1642, en fait foi : « “[…] deux domaines et une petite maison appelée Vaureille scituée en la paroisse des Estoux, consistant en maisons, estables, granges à foing, cours, jardin, vercheres, prés, l’ort, vignes et boys taillis avec une garenne, le tout joint ensemble […] ».

XVIIIe siècle – De l’ancien fief au domaine : reconstruire sans effacer
Une période moins lisible sur l’appartenance du fief de Vaureille (Vavril) s’ouvre au début du XVIIIe siècle : mentions fiscales et baux laissent envisager que le domaine est « tombé en roture » à la mort de François Carrige (1711), sa fille, Marguerite, qui avait épousé le noble Pierre Gayot de la Rajasse, étant décédée avant lui.
Dans la seconde moitié du siècle, une branche Durieu/Durieux apparaît comme propriétaire, dans un contexte où des bourgeois marchands acquièrent des domaines issus d’anciens cadres seigneuriaux.
Jean-Baptiste Durieu (1737–1807), procureur fiscal du marquisat de Varennes et député du Tiers-État en 1789, est présenté comme le commanditaire de la maison de maître actuelle (après 1760, autour de 1765).
Dans cette architecture nouvelle, la mémoire demeure : caves témoins d’un ancrage viticole ancien, terrasses, et surtout le pigeonnier, symbole d’un privilège seigneurial, tel un fil de pierre reliant la modernité du bâti à l’ancien statut du lieu.
XIXe siècle – L’essor sous la baronne « de Beaujeu »
Au XIXe siècle, de nombreuses archives (tables de baux, cadastre, hypothèques) permettent de poursuivre l’histoire de la propriété. Après la famille Durieu/Durieux, le domaine devient la propriété du couple François Auguste Denis (négociant, futur maire de Beaujeu) – Magdeleine Félicité Sanlaville, par donation (Magdeleine étant la cousine germaine de Jean-Baptiste Durieux).
Vavril connaît alors une phase de de reconstruction autour des années 1850–1851.
Le 30 juin 1862, un contrat de mariage est établi à Lyon entre Benoîte Marie Amélie Denis-Sanlaville et Antoine Aloïse de Reynold de Cressier (Fribourg, Suisse), en présence de ses parents, le baron et la baronne de Reynold de Cressier. Les donations importantes (argent, trousseau, mobilier) et la transmission du domaine de Vavril qui y sont faites soulignent l’importance de ce bien, duquel nous disposons d’une description détaillée, et de cette famille. Ce mariage scelle une alliance qui redonne au domaine de Vavril un cadre explicitement titré.
La baronne (née Denis) vit à Vavril, embellit le site et y décède en 1901, épisode consigné par la presse locale. Elle institue comme héritière sa cousine : Félicie Dubreuil.
C’est cette baronne qui mène des aménagements et transformations d’envergure à la fin du XIXème s. (carreaux en ciment peint…). Autant de pièces connues et aménagées avec soin, dont la fonction illustre le statut social de ses propriétaires et des pratiques propres à une époque : lingerie située dans le grenier, petite chambre associée à la chambre des maîtres pour la femme de chambre, cabinet de travail…). Propre à ces années, furent réalisés des jardins en terrasse avec un bassin central. Les anciens bâtiments d’exploitation furent conservés.

XXe–XXIe siècles – D’une propriété d’élites urbaines à un renouveau patrimonial
En 1903, le domaine passe avec le mariage de Félicie Dubreuil et d’Ernest Cuaz, à une nouvelle famille. Ernest est magistrat à Lyon, historien et érudit local, auteur de plusieurs monographies historiques. Leur fils, Antoine Cuaz détient par la suite le domaine (magistrature, barreau, engagement militaire durant la Grande Guerre), avant de rejoindre d’autres familles (Roche, Boutillon, Perret). Cette période marque une rupture : le domaine cesse d’être un bien transmis uniquement au sein d’une lignée, et devient davantage un bien de villégiature et/ou d’exploitation associé aux élites urbaines.
Le domaine traverse alors le siècle comme une propriété de campagne détenus par des marchands – industriels, puis vécut une période d’effacement progressif.
En 2004, la famille Brague acquiert Vavril. Le lieu ouvre un nouveau chapitre : restauration, respect des lignes, retour à la cohérence des volumes et des pierres.
Séduit par la beauté du site, Richard Brague, habitant à Londres, cherchait alors un lieu pour réunir famille et amis. Ses critères se concentraient alors sur la facilité d’accès et le besoin de s’extraire des zones touristiques qui perdent leur âme et leur cachet. Il voulait un lieu que l’on puisse s’approprier, un lieu authentique qui puisse traverser le temps. Un lieu d’échange et de partage où les générations se mélangent autour d’une bonne table dans la convivialité. Un lieu qui vit. Le Domaine de Vavril s’est imposé à lui comme un coup de foudre ! Son père Bernard Brague et ses enfants ont adhéré au projet. Ils ont alors relancé la production viticole avec l’aide d’un jeune vigneron, Jean-Luc Ducruix, et rénové les bâtiments pour rendre au Domaine de Vavril son cachet d’antan. Ils en ont fait un lieu de réception d’exception avant tout par l’atmosphère qu’ils ont sus créer.
Plus qu’un lieu de réception, nos clients s’approprient le Domaine comme une maison de famille pour leur événement !










